Blida, cimetières à l’agonie

Mémoire d’un peuple, tombes livrées aux affres du néant dans une ville plusieurs fois centenaires ! C’est le constat de nombre de ses citoyens qui voyaient en ce vendredi saint, celui du 13 septembre, un état lamentable du cimetière de Sidi Hallou, un des plus anciens. « C’est ici qu’est enterré Ben M’rah, le seul martyr des événements du 8 mai 1945 mais qui parmi les vivants connait son existence ou même ce pan de l’Histoire de la ville des roses ? La rue Yousfi Abdelkader, adresse des cimetières tout à la fois juif, chrétien, musulman dont un de rite Ibadite, est à elle seule toute une histoire avec son prolongement vers la vieille ville de Douirette au sud et son débouché au nord sur la cité du 19 Juin, ex. cité musulmane. Tous les résidents du grand quartier populaire en veulent aux responsables successifs élus à la tête de la commune de Blida qui n’avaient point réussi à tenir leurs promesses d’une prise en charge des doléances pour une vie meilleure et une prise en charge du patrimoine. « Nous pourrions faire énormément dans le cadre de l’emploi des jeunes uniquement en tenant compte du volet historique du quartier avec ses multiples cimetières et les lieux de bataille de l’ALN sur le piémont débouchant sur l’atlas tellien » affirme Mohamed Mouzaï, la soixantaine, et qui vient de prendre sa retraite. « J’aurais voulu me consacrer maintenant à l’écriture de l’histoire de la région mais où trouver les documents et les témoignages ? Il nous manque cet indispensable relais que sont les archives de la ville mais allez tenter d’en trouver au siège de la commune » conclut sur un ton triste Si Mohamed.Tombes abandonnées
A l’entrée du cimetière de Sidi Hallou où sont enterrés également M’hamed Yazid, Mustapha Baghdadi (plusieurs fois maire de Blida), Hadj Messaoud Mohamed et ses fils, Dahmane Benachour et tant d’autres hommes et femmes, le portail d’entrée est défoncé, une quelconque administration est absente, les tombes laissées à l’abandon et des troupes de moutons et de chèvres s’alimentent en toute aisance. Personne ne peut vous renseigner sur des noms, des dates, des histoires liées aux périodes successives ayant enregistré l’enterrement de ces hommes. En face de l’entrée un long mur de clôture qui protège le cimetière chrétien. Celui-ci bénéficie depuis quelques années déjà d’une réelle prise en charge par l’ambassade de France qui emploie deux salariés à plein temps afin d’entretenir les tombes et les allées. Le résultat est encore bien perçu à partir des lacets menant vers la montagne de Chréa : alignements parfaits où est ressentie cette ambiance sereine propre à ce genre de lieux. Quelques mètres au sud de Sidi Hallou, sur la montée vers le quartier de Agba l’hamra, le cimetière juif est à l’abandon dès l’entrée avec le dépôt d’ordures empêchant l’accès à l’intérieur. Il est plus que honteux de devoir subir au quotidien un spectacle pareil avec des jeunes et des moins jeunes qui déposent le plus tranquillement du monde leurs sacs poubelles en ce lieu.
Les autorités gagneraient à trouver une solution à ce gâchis aussi bien physique que spirituel, les morts ne pouvant plus se plaindre.

Plus d'un siècle pour ce cimetière

Plus d’un siècle pour ce cimetière

2 comments on “Blida, cimetières à l’agonie

  1. Excellent article Krimo.
    Ici au Brésil, le 2 novembre c’est le jour de la fête en hommage aux morts. Donc, les cimetières reçoivent d’entretien toujours.
    Est-ce qu’en Algérie il y a quelque jour en hommage aux morts?

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