Presbytère en pleine cité

Article : Presbytère en pleine cité
28 juin 2017

Presbytère en pleine cité

Avec la colonisation de l’Algérie, dès 1830, il y eut des malheurs, des morts, des destructions, des expropriations, des tortures, des viols et il y eut quelques éclaircies avec toute une administration laissée en place, érigée d’abord afin de servir les intérêts des Français d’Algérie –des pieds-noirs- puis des indigènes autochtones. Il y eut également des missions d’évangélisation, un presbytère en pleine cité fait office de témoignage, et notamment dans les montagnes de Kabylie et surtout, en fonction de l’avancée de l’armée de colonisation. Eglises, presbytères, chapelles sont érigés pour mettre en confiance les nouveaux colons mais également pour amadouer tous ces petits indigènes et leur offrir une nouvelle religion.

Cité à Boufarik se démarquant par le pneu et le presbytère

La Mitidja, vaste espace agricole adorée par les colons, fut totalement occupée en 1848, soit à la reddition de l’Emir Abdelkader. L’armée installait des casernements pour la protection des citoyens européens contre les invasionsde tribus. Des relais étaient assurés entre les différentes bourgades, annihilant toute idée de reprise des terres. Pas plus d’un quart d’heure pour les soldats en cas d’attaque indigène. Ainsi, les villages étaient distants de 6 à 8 kms en moyenne et c’est ainsi que la région vit fleurir Mouzaïa, Chiffa, Soumaa, Chebli, Birtouta, Bougara, Beni Mered, Boufarik. Cette dernière bourgade n’était qu’un immense champ inondé et il y eut des travaux de drainage dès les premières installations en 1836. Les terres d’indigènes étaient expropriées et offertes sur un plateau aux colons venus à la recherche de l’Eldorado. Il leur fallait cependant construire une administration, une chapelle, une école et un poste de gendarmerie. Il est recensé 120 résidents français permanents en 1838, bien loin des 80.000 habitants (estimation2015), soit une augmentation en moins de deux siècles, de près de 660%. Entretemps, Boufarik est devenue une daïra (sous-préfecture) et jouit de son statut d’agglomération à 35 kms d’Alger. D’où également ce presbytère en pleine cité, avant au milieu d’une végétation.

Presbytère pour Jésuites depuis 1836

Une architecture ayant survécu à tous les temps, demeure en pleine cité, là où existaient des champs d’arbres fruitiers, c’est le presbytère de Jésuites, qui ne paie pas de mine. Aïssa Mennacer, 64 ans, y a érigé son logis, lui ayant demeuré célibataire et ne jouissant d’aucune pension. Il aimerait bien retaper l’intérieur mais personne ne songe à lui acheter de la peinture, du matériel ou, tout bonnement, lui avancer de l’argent.

L’occupant des lieux, un SDF…

Aujourd’hui, le lieu est devenu une curiosité architecturale de 20 m² avec un dôme qui rappelle les coupoles de la ville d’El Oued, ville aux mille coupoles. Erigée au milieu des arbres et d’une végétation drue, elle impose sa présence maintenant au milieu d’immeubles d’habitation rectangulaires et aucun responsable local n’a songé à lui donner un peu d’élan. N’était-ce la plante grimpante recouvrant une bonne partie de la construction, on aurait dit un four au milieu de la Cité, surtout avec la canicule ambiante. A quelques mètres, un pneu de tracteur assure  le respect du croisement de deux allées de la cité qu’on connait sous le nom de « cité 18 », déformation de « cité des Jésuites ». Les jeunes sont en vacances et au chômage pour la plupart. La piscine qui vient d’être inaugurée est accaparée par les équipes sportives. L’idée d’un créneau horaire pour chaque groupe de bâtiments pourrait être une solution, en attendant mieux.

Deux architectures qui coexistent, sans gêne
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