22 novembre 2015

Artiste en point compté

Elle a 50 ans, elle a étudié à l’école primaire des Sœurs catholiques de Blida, à Zenqet Ennouar (ruelle des fleurs), de 1970 à 1975. Elle, c’est Nadia, avait connu jusqu’à cet âge, dix ans à peine, la chaleur du père, disparu assez tôt pour elle et pour toute la famille. Ce père, Mohamed, était lui-même orphelin de père dans son enfance. Comme par hasard, la fille habitait également une cité très connue à Blida, la cité des Rosiers, aujourd’hui connue officiellement sous le nom des frères Boukourbane. Des études au collège Essemiani et au lycée El Feth de Blida lui permettront d’accéder à l’université de Soumaâ-Blida, aujourd’hui Saad Dahleb, d’où elle sortira avec le titre d’ingénieure en chimie.
Durant les vacances de ces années-là, elle apprenait au contact de sa tante paternelle Hassiba, l’art du point compté puis elle innovera avec son talent dans le point de croix.

Centre de Blida
Centre de Blida

 

Le Voilier
Le Voilier

La peinture à l’aiguille permettre de découvrir un talent caché dans ces doigts qui changeront quelque peu avec le contact des produits chimiques. La jeune fille émigre en France où elle rejoint des frères installés eux aussi des années auparavant. Plusieurs emplois ont pu ouvrir de nouveaux horizons à la jeune femme maintenant qui ne laisse pas échapper également l’occasion de découvrir les auteurs de la littérature française.
Elle exercera dans le monde des arts avec un emploi comme documentaliste au ministère de la culture à Paris –bien loin de la chimie- et obtiendra l’estime de ses collègues pour son abnégation au travail.
Quelques années après, en 2015, elle décide de rentrer au pays natal. « J’étais fatiguée de devoir à chaque fois lutter pour être à jour, pour être irréprochable ! » confiera-t-elle à ses proches. A Blida, elle ne pourra pas profiter pleinement de la chaleur familiale, se retrouvant seule et devant -encore une fois- combattre « contre toutes les bêtises ». SDF malgré elle, elle se tourne vers l’enseignement dans le secteur privé : « J’aurais au moins l’occasion de subvenir à mes besoins essentiels ». Il faut dire qu’elle n’est pas payée grassement et elle doit redoubler d’efforts dans la semaine avant d’atteindre le salaire d’une smicarde. N’empêche ! Elle retrousse les manches et se dit parfois contente d’être toujours en vie et de trouver l’apaisement dans la peinture.

Travaux de la jeune Nadia
Travaux de la jeune Nadia

Justement ! Elle devrait bientôt organiser une exposition au centre culturel du centre de la ville de Blida, à Placette Ettoute.

Nadia explique son parcours
Nadia explique son parcours
Place du centre de la ville de Blida
Place du centre de la ville de Blida

« Je pourrai confronter mon travail à l’appréciation du public et je saurai réellement quelle est la valeur émotionnelle du travail qui m’occupe durant les heures de solitude.

Nadia n'hésite point à montrer les étapes de son travail
Nadia n’hésite point à montrer les étapes de son travail

Autodidacte pratiquement, elle voudrait transmettre « le peu de savoir » dont elle dispose et offrir aux jeunes, notamment les filles, une occupation qui « met l’esprit en accord avec le corps » dit-elle. Nadia nous donne rendez-vous à la fin de l’année et espère, d’ici là, avoir conjuré le sort pour des jours plus agréables. « Il faut dire que les derniers événements dans le monde, notamment en Syrie, à Gaza, à Paris, à Bamako ne prédisposent guère à l’optimisme mais il faut s’accrocher et garder cette lueur d’espoir pour un monde meilleur. »

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