Un grand libraire nous quitte

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17 mars 2020

Un grand libraire nous quitte

« Les livres : la sève vivante des esprits immortels. »

Virginia Woolf

En ce lundi 16 mars 2020 s’est éteint un des plus grands libraires que compte l’Algérie ! M’hammed Benzekour, 72 ans, a été durant des décennies un distributeur en gros de livres sur la place de Blida. On venait de toutes les régions d’Algérie pour s’approvisionner. Il était toujours là, affable, gentil, souriant, conciliant avec les mauvais payeurs et ne perdant jamais espoir de voir un jour l’Algérien revenir à la lecture. « C’est une question de temps et il faut savoir donner du temps au temps », disait-il dans un grand sourire.


Tous les chefs d’établissement et enseignants des universités le connaissaient et aimaient échanger avec lui. En langue arabe ou française, il était à l’affût des nouveautés et se montrait fier de pouvoir les présenter à sa clientèle. Il encourageait la lecture et passait parfois dans les librairies de Blida afin de se rendre compte de visu de l’ambiance qui y régnait et n’hésitait pas à donner des conseils pour une meilleure image du produit à proposer aux lectrices et lecteurs.

La librairie de son nom, Benzekour, était un espace s’étalant sur deux niveaux, dépassant au total 1 200 m² de rayonnages. Les employés, comme des rats de bibliothèques, étaient toujours là, à ramener des livres, à établir les listes des commandes, dos courbés mais sourires aux lèvres. Cet espace de culture et de lettres devra survivre à la mort de M’hammed ! Il en va de la culture à Blida. Sidi Yacoub, le saint dont le mausolée se trouve juste au voisinage, devrait y veiller. Dix employés au minimum s’activaient dans cet « antre » du Savoir et cette ambiance devrait survivre.

Sa toute dernière activité avait été sa présence à la naissance de la fondation pour l’écriture de l’Histoire de Blida. Redouane Malek, à l’origine de la fondation, n’a pas tari d’éloges sur M’hammed Benzekour : « C’était un brave homme qui se souciait uniquement de culture. Blida le regrettera toujours. »

Le défunt n’hésitait pas à encourager la lecture en offrant des dizaines de livres aux établissements scolaires pour la distribution des livres de fin d’année. Son plaisir était de voir des chefs d’établissements affluer dès le mois d’avril pour la préparation des fêtes scolaires de fin d’année. « Un mouvement dense s’établissait pour déposer les titres choisis, les tomes entiers de l’un ou de l’autre des auteurs. De Diderot à Yasmina Khadra, d’El Moutanabbi à Waciny Laaredj, tout devait être présent sur les rayonnages… « Pourvu que le lecteur ne soit pas en manque ! » disait-il.

« À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons. » Repose en paix M’hammed.

Sur le Bd Lotfi, vers la librairie Benzekour. Ph Mekfouldji
En compagnie d’un frère. Ph. Mekfouldji
Au pied du coin de livraison dans sa vaste librairie. Ph. Mekfouldji
Toujours souriant… une marque de fabrique. Ph. Mekfouldji
À la librairie « L’Alambic », disparue depuis. Ph. Mekfouldji
M’hammed Benzekour, un brave homme. Ph. Mekfouldji
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